La Toupie  >  Eviter les pièges de la pensée > Biais des coûts irrécupérables

Eviter les pièges de la pensée : Les biais cognitifs


Biais des coûts irrécupérables




Le biais des coûts irrécupérables (Sunk Cost Effecten anglais) est la tendance qu'ont les individus à être influencés de manière irrationnelle par des décisions prises antérieurement (investissement financier réalisé, temps passé, efforts consentis, etc.) dans le cadre d'un projet ou d'une activité, lorsque se pose la question de les poursuivre ou de les arrêter.

Exemple pour un projet économique :
    Coûts irrécupérables : -1000.
    Perte annuelle : -100 si l'on poursuit l'activité liée au projet..

  • Option 1 : Arrêter tout de suite le projet : la perte totale sera de -1000 (les coûts irrécupérables).

  • Option 2 : Poursuivre l'activité pendant 10 ans : perte totale = -1000 + (-100)*10 = -2000 (les coûts irrécupérables + les pertes pendant dix ans).

    L'option 1 est la plus rationnelle, mais la prise en compte des coûts irrécupérables dans la décision ("compte tenu de tout ce qu'on a déjà dépensé") peut conduire à un entêtement irrationnel de continuer le projet.

Ce biais est parfois appelé "The Concorde fallacy" ou "l'erreur de jugement du Concorde" en référence à l'obstination des autorités françaises et britanniques à poursuivre ce projet, compte tenu des sommes colossales qui avaient déjà été dépensées, alors même qu'elles savaient que l'exploitation du Concorde ne serait pas rentable.

Le biais des coûts irrécupérables a été étudié dans les années 1980 par les psychologues américains Hal Arkes et Catherine Blumer (Ohio University, USA) qui ont analysé le comportement de groupes d'abonnés au théâtre en fonction du tarif de leur abonnement. Il en ressort que ceux qui ont payé un prix plus élevé se sont davantage sentis obligés d'aller plus souvent voir les pièces de théâtre que les autres.

Le biais des coûts irrécupérables est lié à l'aversion de l'être humain pour la perte, pour le gaspillage qui nous fait donner plus d'importance à une perte qu'à un gain. Il nous fait dire que l'"on ne peut pas se permettre de perdre tout l'argent (ou le temps ou l'énergie passée) qui a été déjà dépensé pour ce projet (ou cette activité) et qu'il faut donc en rajouter un peu pour le faire aboutir et récupérer la mise".


Exemples de biais des coûts irrécupérables :
  • Voir jusqu'au bout un spectacle que l'on a déjà payé et qui ne nous plait pas alors que l'on pourrait faire d'autres choses plus intéressantes à la place.

  • Poursuivre ses études après deux années d'université dans une filière dont on vient de se rendre compte qu'elle ne nous intéresse plus, plutôt que de changer de cursus pour un métier qui nous attire réellement.

  • Continuer à jouer au casino en espérant récupérer tout l'argent que l'on y a déjà perdu.

  • Garder un objet qui ne nous plait pas, au motif qu'on l'a payé très cher.

  • Rester dans le même parti politique sous prétexte qu'on y a passé plus de trente ans, alors que l'on sait qu'il n'a plus aucune chance de gagner, nos propres opinions et celles de la population ayant évolué.


Accueil     Les pièges de la pensée     Haut de page